Charlie Shrem s’est assigné une mission : faire du Bitcoin, une devise en ligne mécon­nue, un actif précieux pour les sociétés de capital-risque.

Charlie Shrem attire de plus en plus l’attention. «Parfois, je suis au restaurant avec ma famille et quelqu’un vient me voir et me dit : “Tu es le gars des Bitcoins.” Beaucoup de gens me payent aussi à boire, mais ça m’ennuie. Je ne parle jamais d’autre chose.»

Shrem n’a pas besoin qu’on lui paye à boire. À 23 ans, il fait partie de la poignée de millionnaires du Bitcoin, ces futés qui ont acheté des unités de cette monnaie virtuelle au tout début, alors qu’elles valaient moins de 10 $ et que leur circulation était restreinte. Quand le Bitcoin a atteint la valeur unitaire de 200 $, Shrem est devenu le DG du forum de transactions BitInstant et le vice-président de la Fondation Bitcoin, poste où se concentre sa puissance.

«C’est le plus important changement socio-économique depuis le triomphe de la démocratie, déclare Shrem à Métro, au téléphone depuis son bureau new-yorkais. Nous sommes à l’ère du numérique, et la seule chose qui ne soit pas numérique, c’est l’argent. À chacune des vos transactions, vous devez donc faire confiance à une entreprise qui agit comme intermédiaire et payer des frais de transfert élevés. Avec les Bitcoins, la transaction est instantanée et les frais représentent moins de 1 %.»

Bien du chemin a été parcouru depuis 2011, année où le jeune homme, alors diplômé en finance du Brooklyn College de la City University de New York, essuyait refus sur refus en tentant de lancer son entreprise avec son partenaire Gareth Nelson, un concepteur de logiciel gallois atteint du syndrome d’Asperger (dont Shrem a fait la connaissance sur un forum, mais qu’il n’a jamais rencontré en personne). Heureusement, quelque temps plus tard, grâce à un prêt de 10 000 $ de sa mère et à un investissement de Roger Ver, surnommé «le Jésus du Bitcoin», le jeune entrepreneur parvenait à mettre en ligne le forum BitInstant.

Plus qu’un jeune homme soucieux de devenir riche, Shrem est une sorte de missionnaire. «Je suis un idéaliste; je crois que la technologie peut changer le monde. Nous avons uniquement besoin de partager la même vision.»